SPÉCIALISATION

Posted by L'équipe snta-cfdt Brit Air on Monday 14 December 2009 à 10:51 in Dialogue |

poukdbNous sommes tous dans l’attente d’une annonce officielle du devenir de l’entreprise.Il est probable que le prochain Comité d’Entreprise ne nous apprenne rien (pas de vague pour les fêtes de fin d’année) et que l’annonce se fasse conjointement avec Régional en janvier 2010.

Cela n’empêche pas L’équipe du SNTA-CFDT de se bouger les neurones.

Ce n’est plus un secret: le nom du projet définit par Régional et Britair est “Spécialisation“.

Des têtes pensantes ont dû se dire que cela passerait mieux auprès des salariés que “Restructuration”.Des têtes pensantes qui ont dû surtout oublier leurs cours d’économie en classe de seconde.

C’était bien la peine de faire Polytechnique,Hec,SuppAéro et autres grandes écoles pour ne pas se rappeler le basique en économie d’une “spécialisation”.

Pour L’équipe du SNTA-CFDT , en ces moments difficiles, il est hors de question de laisser passer la moindre chose: un mot, une virgule, un point peuvent être lourds de conséquences pour des centaines de salariés.

De plus, la Direction nous amène ce projet sur le terrain de l’économie et bien nous allons y aller et utiliser les mêmes armes.

Reprenons ensemble les fondamentaux d’une politique économique de “Spécialisation” adaptée à notre environnement propre (merci à internet tout de même….. ).

Nous allons tenter d’être le plus scolaire possible afin de mieux vous éclairer (et la Direction par la même occasion).

La spécialisation est pour une entreprise l’acte de concentrer sa production dans un secteur économique ou un secteur d’activité donné.Se spécialiser est le fait d’acquérir des connaissances particulières ou d’affecter un outil dédié (un avion) à une tâche spécifique dans un domaine déterminé (par exemple le rapport taux de remplissage/ligne).

Une stratégie de spécialisation consiste donc pour une entreprise à se concentrer sur un seul domaine d’activité afin d’en avoir la maîtrise, de profiter de l’effet d’expérience et de compétences spécifiques et complémentaires.
La spécialisation suppose également que l’on se procure les biens que l’on ne produit pas.

Dans la théorie des avantages comparatifs, la spécialisation est la capacité  d’une entreprise à concentrer sa capacité de production sur un type de biens pour lequel sa compétence est la meilleure. Elle laisse aux autres  la production d’autres biens.
Vous voyez donc que le seul fait de poser la définition brut de la “spécialisation” nous amène déjà plusieurs questions:

  1. Britair et Régional “produisent” dans un même secteur économique, pourquoi se spécialiser?
  2. Quelle connaissance particulière diffère entre Britair et Régional?
  3. Quel bien produirait Régional et pas Britair?
  4. Dans quels domaines la compétence de Régional est meilleure à celle de Britair?
  5. Fondamentalement, qu’est-ce qui différencie Britair de Régional et justifierait une spécialisation?

Nous allons donc pousser plus profond la définition de la spécialisation afin de comprendre la logique stratégique des deux directions, pour peu qu’il y est une logique…..

Il existe deux approches fondamentales de la spécialisation: l’une selon Smith et l’autre selon Ricardo. D’autres économistes ont développé également des théories mais toutes issues de celles de Smith et Ricardo.

Nous allons amener notre propre  réflexion en utilisant ces principes économiques, qui ne peuvent être sujet à controverse car ils établissent et régissent intrinsèquement l’économie mondiale et nationale.

Adam Smith intègre son raisonnement des échanges commerciaux dans une analyse globale du fonctionnement de l’activité économique. Il se fonde donc sur des même principes (liberté individuelle,recherche du profit, concurrence) pour inciter des entreprises à se spécialiser sur les productions sur lesquelles elles bénéficient d’un avantage absolu (du fait notamment de dotations initiales en ressources  favorables,ou d’une avance technologique, les entreprises disposent d’un certain nombre de secteurs d’activité pour lesquels elles bénéficient d’un avantage absolu, c’est à dire pour lesquels les entreprises produisent à un coût de production inférieur à celui d’une autre entreprise).

Le principe de spécialisation :  chaque entreprise doit chercher à se spécialiser dans les secteurs d’activité pour lesquels elle dispose de cet avantage absolu.Ceci signifie que les facteurs de productions ne servent pas à produire l’ensemble des biens et services nécessaires à la satisfaction des agents économiques mais doivent être concentrés sur un nombre limité de biens et services ou l’entreprise  possède un avantage comparatif en terme de coût de production.

Exemple : si l’on s’en tient à la théorie de Smith, Régional de part ses avions (ERJ170/190) aurait un avantage absolu à CDG ainsi qu’à Nantes car elle y aurait son centre de maintenance.Donc,  cette situation conduirait à ce que l’entreprise la plus compétitive (Régional) produise l’ensemble des biens de production (donc les vols) à CDG et Nantes. Sauf que Britair dispose sur Nantes de lignes plus rémunératrices et sur Paris de deux bases de maintenance complémentaires (CDG et ORY).Donc, d’une même réalité mais avec des moyens de production différents, il n’est pas économiquement logique de définir Régional (selon la théorie de Smith) comme plus productrice que Britair.

La théorie de David Ricardo reprend en substance celle de Smith mais intègre la notion d’avantage relatif en disant qu’une entreprise dispose d’un avantage comparatif relatif par rapport à une autre entreprise dans la production ou son coût de production est le moins éloigné de celui de l’entreprise la plus compétitive, c’est à dire dans la production ou l’écart de coût entre les deux entreprises est le plus faible.

Le principe de spécialisation : chaque entreprise va donc devoir se spécialiser et échanger même si une entreprise est moins productive que l’autre dans toutes les productions. En effet, cette spécialisation devrait permettre globalement d’économiser des facteurs de production.

Exemple: admettons que Régional soit en tout points plus productive que Britair et dispose dans  tous ces domaines un avantage comparatif absolu (voir plus haut) alors, les deux entreprises auraient un même intérêt à se spécialiser afin de limiter  la consommation de facteurs de production.
Cette spécialisation se faisant en fonction du différentiel de coûts de production, donc Régional à NTE et CDG et Britair à LYS et ORY puisque le désavantage compétitif serait pour Britair sur ces deux premières escales.Sauf que les chiffres font ressortir que Britair est si ce n’est plus au moins autant productive que Régional et cela dans tous les domaines de production.

De plus, ces deux théories ont une limite.En effet, elles supposent  que toute l’offre soit absorbé par la demande et que donc il n’y ait pas de contrainte de prix.Nous sommes clairement dans une situation totalement différente de par la crise que traverse Air France et l’aérien.

Le gain d’échange (de “spécialisation”) est constitué par une économie de facteur de production dans les entreprises, ce qui, dans l’hypothèse d’une situation de cycle ascendant (en clair tout va bien, les clients reviennent , payent un coupon moyen rémunérateur pour l’entreprise) , se traduira par une production supplémentaire ( plus de vols, d’embauche, de lignes, d’avions) chez les deux partenaires.Par contre, ce gain à l’échange analysé par les deux théories n’est pas un gain net.
La spécialisation, qui n’est qu’un mode opératoire du passage de l’autarcie au libre-échangisme, se traduira inévitablement par des processus coûteux et qui peuvent être socialement pénibles : ré-allocation de facteurs de production, perte de compétence de la main-d’oeuvre, migrations sectorielles et géographiques, perte de motivation des salariés.Air France peut considérer que ces coûts sont des investissements nécessaires pour accéder à une situation de retour aux résultats positifs du groupe.Nous, nous en doutons.

La spécialisation se traduit toujours par des processus de destruction et de transformations structurelles qui suscitent inévitablement des résistances, justifiées par des considérations sociales  et par l’apparition de nouvelles inégalités.

Toutes les spécialisations ne se valent pas sur le long terme. Si certaines sont propices à l’apparition de rendements croissants et donc de coûts décroissants liés aux économies d’échelle d’autres, butent sur des rendements décroissants et des coûts d’exploitation croissants. Si une entreprise, à partir des coûts comparés actuels, se spécialise sur une base en particulier mais avec des vols à rendements croissants (des lignes dites “juteuses”) et l’autre dans des activités à rendements décroissants (des lignes moins “juteuses”), les gains liés à la spécialisation de la première s’élèvent et s’accompagnent d’une hausse de son revenu  tandis que la seconde, à l’inverse, voit d’une part se réduire

progressivement les gains liés à la spécialisation et, d’autre part, son niveau de revenus se dégrader.

En clair, la croissance de l’une des entreprises car elle “s’est bien spécialisée”  va entraîner  l’appauvrissement de l’autre.

Il apparaît évident que l’amortissement des  coûts  d’une spécialisation entre Régional et Britair n’a pas du tout été pris en compte et que les deux entreprises se lancent dans un projet -dramatique en terme social- sans en avoir réellement étudié les implications.

Il est temps que la direction de Britair (nous laisserons Régional à ses salariés) arrête de nous prendre pour des buses et arrête son coup marketing .

Il y a eu ÉLAN, Voile et Passion, voici maintenant “SPÉCIALISATION”, sauf que déloger une centaine de salariés n’est pas de la com’.

Pour qu’il y est “spécialisation”,il faut qu’il y est une réalité économique derrière et force est de constater qu’il n’en est rien.

Si “spécialisation” il y a, il faudra d’abord que la direction nous explique point par point (chiffres à l’appui) et non pas qu’elle se contente de nous “carroter”  avec des powerpoints pleins de couleur et de photos mais sans fondements concrets.

L’équipe snta-cfdt.

PS: Que les “puristes” en économie nous pardonnent nos largesses avec Smith et Ricardo…….

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