Voici un article paru dans le journal sud-ouest (à lire ici) qui concerne l’accident du FK100 de Régional à Pau:
“Le 25 janvier 2007 à 11 h 26, un Fokker 100 de la compagnie Régional, filiale d’Air France, décollait de l’aéroport de Pau-Uzein (64), direction Roissy.
Presque immédiatement après avoir quitté le sol, le bimoteur se mettait à tanguer, rebondissait sur la piste, défonçait le grillage d’enceinte de l’aéroport, puis percutait un poids lourd, avant de finir sa course en glissade dans un champ enneigé. Aucun des 50 passagers n’était blessé. Mais le chauffeur du poids lourd, Michel Coupau, 53 ans, était tué sur le coup.
Près de trois ans plus tard, le juge Michel Alik a notifié hier l’avis de fin d’instruction à l’ensemble des parties. Le commandant de bord, âgé de 46 ans, et le copilote, 39 ans, sont mis en examen pour homicide involontaire. Aucune charge n’a en revanche été retenue contre le constructeur de l’avion, la compagnie aérienne, ni la CCI de Pau-Béarn, qui gère l’aérodrome.
Ambiance « rock’n'roll »
L’instruction fait ressortir trois séries de faits qui pourraient mettre en cause la vigilance des pilotes. Tout d’abord, une vérification trop sommaire (deux minutes et quatre secondes) de la présence de givre sur les ailes. Le commandant de bord assure qu’il n’avait aucun doute sur l’absence de « contaminants » (de glace) sur l’appareil. Or, comme le montrera le rapport du Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA) de l’aviation civile, publié en janvier dernier, « l’accident est dû à une formation non détectée de glace sur les ailes et à une réaction réflexe face à un envol d’oiseaux ».
Deuxième point : les oiseaux, donc. L’enquête tend à montrer que, quand le commandant et le copilote ont aperçu « les piafs », comme on les entend dire sur les enregistrements, il était encore temps de bloquer l’appareil.
Ces enregistrements, justement, sont le troisième point – peut-être le plus significatif – des éléments de l’enquête. Pendant l’instruction, un expert, ex-pilote de chasse et conseiller en facteur humain, a expliqué que le « briefing », juste avant le décollage, devait être une « phase cruciale de concentration ». Or, les enregistrements des minutes qui précèdent immédiatement l’envol sont édifiants. 11 h 23 : « Un pilote siffle, l’autre fredonne » ; 11 h 24 : « Des grossièretés sont émises. L’un des deux chante du Elvis Presley pendant trente-huit secondes » ; 11 h 25 : « Plaisanteries et rires » ; 11 h 26 : « Ils sont surpris par des oiseaux. » On connaît la suite.
« Surconfiance » ?
Cette ambiance décontractée, « propice au rire et au chant », a-t-elle joué un rôle dans l’accident ? C’est ce que le juge a demandé au commandant et à son copilote, entendus les 20 mars et 15 mai derniers. Le premier est formel. « Même si l’ambiance paraît détendue, nous étions concentrés. Sinon, je n’aurais pas rattrapé l’avion et je ne serais pas là pour en parler. »
Les parties ont à présent trois mois pour faire des observations au juge ; et le parquet pour se positionner sur l’une des trois options suivantes : non-lieu, supplément d’information ou renvoi en correctionnelle.
Quant aux proches du camionneur tué dans l’accident, ils ont déjà leur avis. Selon leur avocat, Me Thierry Sagardoytho, « la responsabilité des deux pilotes est entière. Ce dossier illustre tristement combien Air France a eu raison de dénoncer dernièrement la “surconfiance” de ses pilotes. Il eût été plus raisonnable de se concentrer sur les vérifications d’usage que de fredonner le répertoire d’Elvis, ce jour-là. Car Michel Coupau serait peut-être encore parmi nous ».”
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